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Le Centre Jean Gol est, pour la seconde fois en moins d’un mois, frappé par le deuil. Après le départ d’Hervé Hasquin, fondateur et premier administrateur délégué du Centre, il déplore profondément la disparition d’Arthur Bodson, grande figure libérale et liégeoise, qui lui avait succédé dans cette fonction de 2008 à 2013.

Décédé le 12 août 2026 à l’âge de 94 ans, Arthur Bodson était né le 27 juin 1932. Fils d’instituteur, licencié en philologie classique puis docteur en philosophie et lettres en 1964, il a consacré sa vie au savoir, à l’université et aux valeurs libérales. Recteur de l’Université de Liège de 1985 à 1997, helléniste distingué et titulaire de la chaire de Langue latine de 1971 à 1997, il a marqué durablement le monde académique par son exigence, sa curiosité et son sens du bien commun. Il présida également le Fonds national de la recherche scientifique, contribuant ainsi au rayonnement de la recherche en Belgique.

Passionné par les questions d’enseignement, il fut chef de cabinet des ministres Michel Tromont et André Bertouille à l’Éducation nationale. Il rédigea aussi, avec Jacques Berleur, un rapport sur les urgences d’une politique universitaire en Communauté française. Son engagement pour la francophonie le conduisit à présider le conseil d’administration de l’Agence universitaire de la Francophonie, de 1998 à 2001, en collaboration avec Boutros Boutros-Ghali. Président-fondateur de l’ONG Partenaire, membre du conseil d’administration de l’Academia Belgica à Rome et acteur du développement de l’Université de la Vallée d’Aoste, il a constamment mis le savoir au service de l’ouverture internationale et de la solidarité.

Arthur Bodson a également exercé d’importantes responsabilités dans le secteur hospitalier, comme président puis vice-président du conseil d’administration du Centre hospitalier universitaire de Liège, de 2002 à 2006 et au-delà. Il s’est par ailleurs investi dans la vie culturelle, notamment comme président du conseil d’administration du Concours de piano de Liège depuis 2009.

Le Centre Jean Gol a eu l’immense chance de bénéficier de son travail, de son érudition et de son dévouement. Liégeois de cœur, ancien recteur de l’Université de Liège et proche ami de Jean Gol, Arthur Bodson présidait le Comité scientifique du Centre lorsqu’il fut appelé, le 30 avril 2008, par Didier Reynders, alors président du parti, à succéder à Hervé Hasquin comme administrateur délégué. Il considéra comme un devoir de reprendre le flambeau, à une période de transition où le Centre, encore jeune, devait consolider son fonctionnement et poursuivre son développement.

Très fin et très spirituel, Arthur Bodson se définissait volontiers, avec humour, comme un « soldat du parti ». Il fut un soutien indéfectible de notre famille politique, tout en s’inscrivant dans la lignée des grands serviteurs de l’État, au sens classique du terme : ceux qui mettent leur culture, leur expérience et leur sens de l’intérêt général au service des institutions et de la collectivité. Pendant près de cinq ans, jusqu’au 28 janvier 2013, il assura avec rigueur et fidélité la continuité du Centre sous les présidences successives de Didier Reynders et de Charles Michel. Il lui apporta ses réseaux académiques, son expérience institutionnelle et son autorité morale, contribuant ainsi à consolider ses fondations et à lui donner l’assise nécessaire pour poursuivre durablement sa mission.

Modeste et d’une grande simplicité, Arthur Bodson n’en était pas moins exigeant. Grand défenseur de l’enseignement du latin en Belgique francophone, il voyait dans les langues anciennes non un héritage figé, mais une école de rigueur, de nuance et de liberté intellectuelle. Il maîtrisait la langue française à la perfection et relisait méthodiquement, avec son bic rouge et ses lunettes de correcteur, les épreuves des innombrables publications du Centre Jean Gol. Cette attention à la forme comme au fond disait son attachement à la qualité du travail intellectuel et à la clarté du débat public.

Bon vivant, chaleureux et attentif aux autres, Arthur Bodson était aussi un amoureux de l’Italie, dont il parlait la langue avec plaisir, et un client insatiable des bons restaurants italiens. Jovial, plein d’humour et de malice, il savait rendre les échanges aussi stimulants qu’agréables. Sa modestie contrastait avec la finesse de son regard sur le monde, les institutions et les hommes.

Au nom du Centre Jean Gol, de ses instances, de ses collaborateurs et de ses partenaires, nous exprimons notre vive émotion face à sa disparition et notre profonde reconnaissance pour l’ensemble de son œuvre académique, politique, culturelle et humaine. Nos pensées les plus sincères vont à sa famille, à ses proches et à tous ceux qu’il laisse dans le deuil.

Le souvenir d’Arthur Bodson continuera de guider notre action et de nourrir notre réflexion.

Corentin de Salle, directeur scientifque du Centre Jean Gol