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Le 28 avril 2026, le Centre Jean Gol réunissait 3personnalités pour un débat que d’autres préfèrent éviter : celui du droit au blasphème. La prémisse est posée d’emblée : la liberté d’expression inclut le droit de critiquer et de se moquer de toute idée, y compris religieuse, et la liberté religieuse comprend le droit de choisir sa religion, de la quitter, ou de choisir de ne pas en avoir. Ces droits fondamentaux sont aujourd’hui menacés par l’intimidation, par la peur, et par une autocensure croissante qui gangrène progressivement le débat public dans nos démocraties.


Ferghane Azihari, essayiste et auteur de “L’Islam contre la modernité”, ouvre le débat. Il plaide pour une émancipation radicale face aux dogmes religieux et questionne sans détour la capacité de l’islam à se réformer de l’intérieur. Pour lui, un pays où la liberté d’expression devient sélective cesse d’être un pays libre. Son analyse, nourrie d’une connaissance approfondie des sociétés islamiques contemporaines, pointe les mécanismes par lesquels le dogme cherche à s’immuniser contre toute critique. Et la nécessité, pour les sociétés libérales, de résister à cette pression avec fermeté.

Mohamed Sifaoui, journaliste et auteur de “Musulmans, osez la laïcité !”, apporte une perspective complémentaire et tout aussi tranchante. Il distingue avec une clarté revendiquée l’islam, religion de millions de personnes libres de croire, et l’islamisme, idéologie politique qui cherche à imposer ses règles à l’ensemble de la société. Dans ce cadre, la laïcité n’est pas une arme braquée contre les croyants, mais un bouclier pour leur liberté : elle garantit à chacun le droit de croire ou de ne pas croire, sans pression, sans contrainte, sans instrumentalisation. C’est précisément parce qu’il respecte les musulmans qu’il les appelle à se réapproprier la laïcité, non à la subir.

Georges-Louis Bouchez, président du MR et du Centre Jean Gol, rappelle avec constance un principe libéral fondateur : la religion ne doit jamais peser sur la conduite de nos sociétés libres. Si chaque individu est pleinement libre de ses convictions personnelles, aucune croyance ne peut prétendre s’imposer à l’ensemble de la communauté ni soustraire les idées religieuses à la critique. La liberté d’expression, pour être réelle, doit s’appliquer à toutes les idées sans exception, et c’est précisément cette universalité qui la rend précieuse.

Dans un climat où l’intimidation et l’autocensure poussent beaucoup d’acteurs culturels, académiques ou politiques à esquiver ces sujets, le Centre Jean Gol a fait le choix inverse : celui d’ouvrir franchement le débat, sans euphémisme ni précaution rhétorique. Le fait que la conférence se soit tenue avec inscription obligatoire et présentation de la carte d’identité témoigne, à lui seul, du contexte dans lequel ce type de débat doit désormais se tenir. C’est précisément parce que ce droit est sous pression qu’il faut continuer à l’exercer, et à le défendre.